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  • Thierry Fargère

Créativité et Respiration : une parallèle instructive



La respiration


Il peut sembler étrange de mettre en parallèle deux activités aussi éloignées que la respiration et la créativité. Si vous lisez ces lignes, c’est que vous êtes en train de respirer. Et pourtant, vous le faites de manière inconsciente. Vous ne respirez pas « par volonté ». Mais, si vous le voulez, vous pouvez décider de choisir votre manière de respirer. Vous pouvez jouer avec votre respiration :

  • Retenir et bloquer l’inspire ou l’expire

  • Respirer normalement ou à fond

  • Respirer en activant le ventre ou la poitrine ou les deux

  • Respirer par la bouche, une narine ou les deux narines

  • Expirer/Inspirer lentement, rapidement, de manière saccadée ou par palier


Mine de rien, en combinant toutes les possibilités, vous avez environ 1500 types de respiration possibles. De quoi s’amuser pendant des heures. Certaines de ces respirations sont connues depuis des millénaires et on leur prête des vertus médicales ou spirituelles.


Pourtant, même avec de l’entrainement, vous ne pourrez pas jouer très longtemps avec votre respiration. Au bout de quelques heures au plus, votre corps reprendra une respiration automatique pour revenir à une activité normale.



La créativité


La créativité fonctionne un peu de la même façon. Notre esprit travaille principalement en mode automatique. Nous avons plus l’illusion de la conscience que nous sommes réellement conscient du monde qui nous entoure. Car notre cerveau réagit sur la base de modèles intégrés construits par l’expérience accumulée. Il confronte en permanence la réalité avec ses modèles internes et ne déclare « réel » ou « acceptable » que ce qui est conforme à ces modèles. Tant que la réalité est à peu près conforme au modèle, celui-ci est validée et c’est le modèle qui émerge à notre conscient et remplace la réalité quitte à la réajuster. En cas de gros désaccord, notre inconscient va ignorer la réalité, ou la remplacer ou encore se figer.


Nous sommes en permanence sollicités par des sensations, des émotions, des comportements, des idées et nous réagissons automatiquement en réponse par des émotions, des sensations, des comportements et des idées. Nous pensons être conscient mais nous ne faisons qu’accepter avec quelques millisecondes de retard ce que nous dicte notre inconscient en fonction de ses modèles. D’où la source de nombreux malentendus et quelques désagréments mais aussi d’une grande richesse sociale. Ce fonctionnement est en fait très pratique, économe en énergie et permet au cerveau de s’intéresser à de nouvelles choses.


Face à un problème, nous réagissons de la même manière. Tant que le problème correspond à des classes de problèmes connus, nous trouvons des solutions suivant des schémas de raisonnement établis et la solution qui émerge doit elle aussi correspondre à des modèles acceptables par notre cerveau. Les solutions envisageables sont donc limitées. C’est ce qu’on appelle l’inertie mentale. Il est même parfois difficile d’envisager l’existence d’un problème ou de l’accepter tellement il fait partie de nos modèles.


Mais nous pouvons prendre la main sur notre activité mentale comme on prend la main sur notre respiration. Il faut bien sûr le vouloir. Il faut ensuite s’obliger à revoir ces modèles mentaux, en envisager d’autres. C’est un exercice fatiguant et qui nécessite de la technique et de la discipline. Et tout comme il n’est pas possible de contrôler sa respiration longtemps, vous ne pouvez pas être créatif très longtemps.


Conséquence pour l’entreprise


Dans une entreprise, les acteurs agissent par définition dans un contexte de performance. C’est ce qui conditionne le cadre de leur inertie mentale et favorise la standardisation des modes de pensée et d’action. Il est donc contradictoire de demander au personnel de l’entreprise d’être « créatif » ou « innovant » ou « agile » sans changer le cadre. C’est un peu comme demander à un coureur de fond de faire des exercices respiratoires de yogi pendant sa course. Il faut créer les conditions qui permettent l’émergence de la pensée créative. La créativité devrait être pensée comme un investissement et non comme une manière d’être vertueuse du personnel.


La créativité est un exercice respiratoire de la conscience.

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